Mai 2015 : la meilleure configuration possible pour les jours fériés ?

 

 

Trois week-ends de trois jours plus un pont : ce mois de mai s'annonce exceptionnel pour les paresseux et les amoureux du printemps. Mais tout le monde n'est pas égal face aux jours fériés.

 

Sauf exception, le 1er mai reste le seul jour férié obligatoirement chôm

 

Héritage du calendrier grégorien et de la Seconde Guerre mondiale oblige, le mois de mai truste une large part des jours fériés en France. Mais - les partisans du moindre effort auront déjà scruté almanachs et éphémérides pour s'en apercevoir - leur conjonction est rarement aussi favorable que cette année.

Quatre jours fériés, équitablement répartis dans le mois grâce à une date de Pâques précoce, et fort judicieusement placés : les vendredis 1er et 8 mai offrent en effet deux week-ends de trois jours d'affilés, qui se rajoutent aux habituels pont de l'Ascension et lundi de Pentecôte.

La date de ces deux dernières fêtes, qui surviennent respectivement 40 et 50 jours après Pâques (Pentecôte signifiant littéralement "le cinquantième" en grec), dépend en effet de celle de cette dernière, qui dépend elle-même du calendrier lunaire. Selon la tradition chrétienne, le dimanche de Pâques est fixé au premier dimanche après la pleine lune suivant le 21 mars.

On se retrouve ainsi potentiellement avec quatre fins de semaine prolongées à la suite, une configuration optimale jamais vue depuis... 1972.

 

 


Les Français qui peuvent profiter de ces quatre jours n'ont pas la même chance chaque année. A quatre reprises depuis le début de siècle (2004, 2005, 2010, 2011), le 1er et le 8 mai sont tombés pendant le week-end : dans ces cas-là, les jours fériés sont "perdus". Certaines conventions collectives peuvent prévoir un jour chômé de "compensation", mais ce n'est généralement pas le cas. Une double peine... d'autant que Noël tombe mécaniquement le même jour de la semaine que le 1er mai.

Ce sera (hélas) encore le cas en 2016. Cette année, la Toussaint tombera le dimanche 1er novembre. En 2008, le jeudi de l’Ascension était tombé le 1er mai, une coïncidence malheureuse qui n'arrivera qu'une ou deux fois par siècle.

 

Pas tous égaux face aux jours fériés

 

En résumé, les salariés qui profiteront à plein de ce mois de mai 2015 ne travailleront que 16 jours. Le cadre légal entourant le travail pendant les jours fériés est pourtant souvent mal connu.

La Fête du Travail (1er mai), tradition qui remonte à un mouvement lancé à la fin du 19e siècle par les syndicats américains pour revendiquer la journée de 8 heures, est le seul jour férié obligatoirement chômé en France. La loi ne prévoit une exception que pour "les établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail", comme les transports, les hôpitaux et certaines industries.

Pour les autres jours fériés, c'est l'usage qui prévaut. Néanmoins, rien n'interdit à un employeur de faire travailler ses collaborateurs ces jours-là. Seuls les salariés et apprentis de moins de 18 ans en ont l'interdiction, sauf dans quelques branches (hôtellerie, boulangeries, boucheries, fleuristes, spectacles, etc.).

 

Le lundi de Pentecôte reste dans les mœurs

A noter qu'à l'exception du 1er mai, où les heures travaillées sont systématiquement payées le double, aucun complément de salaire n'est prévu par la loi. Seule la convention collective peut offrir une majoration au bénéfice du salarié. Par ailleurs, un salarié en congés payés a le droit de bénéficier du jour férié si celui-ci tombe un jour ouvrable non travaillé dans l'entreprise qui l'emploie.

Le Code du travail précise que "le chômage des jours fériés ne peut entraîner aucune perte de salaire pour les salariés totalisant au moins trois mois d'ancienneté dans l'entreprise", dispositions qui ne s'applique donc pas aux salariés saisonniers, intermittents, temporaires ou travaillant à domicile.

Sous le gouvernement Raffarin, le lundi de Pentecôte était devenu en 2004 un jour travaillé mais non payé, au titre de la "Journée de solidarité", destinée au financement de l'autonomie des personnes âgées et des handicapés. Mais avec l'assouplissement du dispositif en 2008, il est redevenu férié.

Désormais, les entreprises sont libres de choisir n'importe quel jour de l'année, sauf le 1er mai, pour contribuer à la Journée de solidarité (travaillée mais non payée).

 

La délicate question des ponts

 

Reste que l'employeur peut tout à fait refuser à ses salariés la pose d'un congé la veille ou le lendemain d'un jour férié, aussi communément appelé "pont". La décision est prise au niveau de l'entreprise. Mais face à une activité économique souvent très réduite durant ces journées, beaucoup décident de favoriser la pose de RTT (réduction du temps de travail) pour ceux qui en bénéficient.

La configuration de cette année autorise une solution raisonnable, avec un unique pont de quatre jours. La deuxième semaine de mai 2013 avait elle vu un "pont suspendu", avec un 8 mai tombant à la veille du jeudi de l’Ascension, ce qui autorisait à rêver à 5 jours chômés consécutifs. La prochaine occurrence aura lieu en 2024.

En 2018, les plus audacieux pourront tenter de poser un tout aussi rare "double pont" : le 8 mai tombe un mardi et le jeudi de l’Ascension arrive deux jours plus tard… S’ils prennent toute la semaine, on parlera d’un viaduc.

Quant au "Golden Gate", il surviendra en mai 2046.




Grâce à la conjonction d'un duo 1er-8 mai sur des mardis et un jeudi de l'Ascension tombant le 3 mai, ce "pont des ponts" légendaire sera susceptible de durer pas moins de 11 jours. Ce sera hélas, pour la plupart d'entre nous, un pont trop loin.

 

Timothée Vilars – le nouvel Obs

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