Départ de la course de la route du rhum - 10e édition


La Route du Rhum est une course transatlantique en solitaire uniquement. Elle est courue et disputée tous les quatre ans entre la France métropolitaine et la Guadeloupe au mois de Novembre. Le record de la traversée est pour le moment détenu par Lionel Lemonchois sur Gitana 11 depuis 2006 : en 7 jours 17 heures 19 minutes et 6 secondes.

Son départ se déroule à Saint-Malo dans le département d’Ille et Vilaine, pour se finir à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe donc. La dixième édition commence le 2 Novembre 2014 !

 

En décembre 1976, en réponse à la limitation de l’accès des bateaux de 56 pieds aux courses transatlantiques organisées par les anglais, Michel Etevenon imagine de créer une nouvelle course. La société Promovoile est alors constituée entre Michel Etevenon et six autres associés, exploitants de sucreries et de distilleries, afin d’organiser une course transatlantique en solitaire prévue tous les quatre ans et appelée Route du Rhum. Depuis la première course en 1978, Promovoile est l’organisatrice attitrée de cet événement sportif.



La Route du Rhum rallie la ville bretonne de Saint-Malo à la ville guadeloupéenne de Pointe-à-Pitre. La ligne de départ est située devant la pointe du Grouin, à Cancale. Pour permettre aux spectateurs de profiter du début de la course, une marque de parcours devant le cap Fréhel est à laisser à tribord par les voiliers. Pour les mêmes raisons, l’île de la Guadeloupe doit être laissée à bâbord, c’est-à-dire que les coureurs doivent en faire le tour par le nord puis l’ouest avant de franchir la ligne d’arrivée devant Pointe-à-Pitre. Sur l’orthodromie – la route théorique la plus courte – le parcours représente une distance à parcourir de 3 510 milles.


les héros de la Route du Rhum

par Patrick Favier - sud ouest

 

Exploits attendus sur la transatlantique Saint-Malo - Pointe-à-Pitre, qui part ce dimanche 2 novembre 2014.

 

A Saint-Malo le 2 novembre, la 10e édition de la route du Rhum marquera une étape dans l'intensification des courses de multicoques géants en solitaire, à 30 mètres ou plus. Avec Spindrift 2, 40 mètres, le plus grand trimaran du monde conçu pour l'équipage, Yann Guichard tente un pari qui flirte avec les limites pour un seul homme. L'édition 2014 a tout pour s'inscrire dans la grande histoire de la voile. Comme la première édition de 1978 et toutes celles qui ont suivi.


Petite rétrospective de ceux qui ont créé la légende de la course qui a lieu tous les 4 ans.

 

1978 : une première déjà historique

Cette première est définitivement historique, pour le meilleur et le pire. Le meilleur, c'est une arrivée légendaire : au bout de 23 jours de course, Mike Birch et son petit trimaran jaune Olympus de 13 m battent de 98 secondes le monocoque de 21 m de Michel Malinowsky, en le doublant peu avant la ligne, sous le regard de la foule.  Le pire, c'est la disparition d'Alain Colas et de Manureva, le 16 novembre 1978, lors d'une tempête dans les Açores, onze jours après le départ. La triste mélodie d'Alain Chamfort résonne encore à nos oreilles.

 

1982 : l'entrée en scène des multicoques géants

52 marins sont au départ, dont la crème de la crème des navigateurs, de l'époque ou des années à venir, d'Eric Tabarly à Loïck Peyron. Pajot, poutre centrale fendue à la limite de la rupture, mène la course et gagne avec 10 heures d'avance sur Jaz de Bruno Peyron. Tabarly fait partie des 19 navigateurs à abandonner.

 

1986 : gigantisme et tragédie

La course à la taille et à la puissance continue, avec treize bateaux de plus de 23 mètres. Cette édition marque l'apparition des foils, ces appendices réputés redoutables d'efficacité au travers mais aussi capricieux. Dès le départ, les abandons se succèdent, puis les dépressions s'enchaînent.

Philippe Poupon et Fleury Michon VIII, son trimaran à foils, devancent de près de deux jours –en quinze jours de course – Bruno et Loïck Peyron, Lionel Péan, Mike Birch, Jean Maurel.


1990 : la Petite fiancée de l'Atlantique

Changement sur le Rhum : après une édition tragique, la taille des multicoques est limitée à 60 pieds (18 mètres), les ORMA, et la course passe de l'état de série noire à celle de conte de fée. Florence Arthaud, qui vient de battre le record de l'Atlantique Nord en solo sur Pierre 1er, s'impose devant Mike Birch, Laurent Bourgnon, un petit nouveau qui fera parler de lui, et Philippe Poupon. La navigatrice française Florence Arthaud, devient, pour toujours, "la petite fiancée de l'Atlantique" .


1994 : double révélation : Laurent Bourgnon et les nouveaux monocoques

Laurent Bourgnon et son trimaran Primagaz s'imposent devant Paul Vatine (Région Haute Normandie).

Le rôle des routeurs météo s'affirme aussi, avec notamment le Charentais-Maritime Jean-Yves Bernot.

 

1998 : des prodiges pour le 20e anniversaire

18 monocoques, 19 multicoques, et 20 ans de route du Rhum célébrées avec deux grands vainqueurs. Laurent Bourgnon (Primagaz) signe un doublé historique dans la course extraordinaire des multis, où six hommes se tiendront en 30 heures. Et quels hommes : Alain Gautier, Franck Cammas, Marc Guillemot, Loïck Peyron et Francis Joyon complètent le tableau d'honneur, dans cet ordre.

 

Vainqueur chez les monocoques (et 9e au général), le tout jeune Thomas Coville signe une performance d'exception puisqu'il a pris au dernier moment la barre d'Aquitaine Innovations à la place d'Yves Parlier.


2002 : Desjoyeaux et Mac Arthur, survivants de l'hécatombe

Sur 58 bateaux au départ, 28 parviennent à atteindre les Antilles dont seulement trois sur 18 dans la catégorie reine des multicoques ORMA. La faute au passage d'une dépression très creuse qui a décimé les fragiles ORMA. Michel Desjoyeaux l'emporte, malgré trois escales techniques, en 13 jours et 7 heures devant Marc Guillemot et le Médocain Lalou Roucayrol.  En monocoque, victoire de la toute jeune anglaise Ellen Mac Arthur (Kingfisher).

 

2006 : Cavalier seul et duel au couteau

A grand marin, grande victoire : Lionel Lemonchois rallie Saint-Malo à Pointe-à-Pitre en 7 jours et 17 heures à bord du trimaran de 60 pieds Gitana XI. A l'aide d'une météo bénie, il pulvérise le temps de Laurent Bourgnon de plus de 4 jours. Le record tient toujours.

En monocoque, un duel au sommet et au couteau oppose Roland Jourdain et Jean Le Cam, le premier l'emporte de 28 minutes.


2010 : le retour des géants

Le Rhum renonce à la limitation de taille et la flotte rassemble 9 Ultimes, la classe des multicoques de plus de 60 pieds. Francis Joyon (Idec), Thomas Coville (Sodebo) montent sur le podium (2e et 3e) mais c'est Franck Cammas qui fait un pas de géant en conduisant à la victoire Groupama 3, le plus grand des trimarans jamais mené en solo avec 31,5 mètres, en 9 jours et 3 heures. Avant le départ, chacun s'interrogeait sur la capacité d'un navigateur à manier seul un tel engin.

En monocoque, Roland Jourdain double la mise et signe le record de la classe IMOCA en 13 jours et 17 heures, 8 heures devant Armel Le Cleac'h. A signaler une nouvelle victoire de Lionel Lemonchois, en classe Multi 50 cette fois.

 

2014 : les ultimes défis

Groupama 3 est là : c'est le Maxi Banque Populaire, barré par Loïck Peyron. Les deux autres bateaux construits pour remporter le trophée Jules-Verne, le record du tour du monde en équipages, sont là. Le Sodebo Ultim de Thomas Coville (31 mètres) est une adaptation en profondeur du Geronimo d'Olivier de Kersauzon, 34 mètres à l'origine. La coque centrale a été raccourcie de trois mètres, les flotteurs ont été redessinées et les bras de liaison renforcés pour installer des foils, ceux du bateau Oracle, vainqueur de la dernière coupe de l'America, comme la dérive et les safrans. Le mât de 35 mètres est neuf, il a été fabriqué dans le moule de celui de Groupama 3.

 

L'attraction, c'est Spindrift 2, l'ancien Banque Populaire V de Loïck Peyron, 40 mètres, détenteur du trophée Jules-Verne en 45 jours. Yann Guichard, 4e du Rhum 2010 sur Gitana XI, relève le défi de mener seul ce bateau finalement très peu adapté pour le solitaire : mât raccourci de six mètres, mais culminant à 41 mètres tout de même, cockpit aménagé, allègement d'1,5 tonne. Comme Groupama 3 en 2010, il est équipé d'un vélo pour permettre à Guichard de solliciter ses jambes et non seulement les bras lors des longues manoeuvres. Le pari de Guichard suscite les mêmes questions que celui de Cammas avec Groupama 3 en 2010 : les limites d'un homme en solo sont-elles dépassées ?

 

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